Le champagne est aussi un vin qui se conserve longtemps !
L’essentiel
Le champagne se conserve et se bonifie avec le temps, contrairement à une idée reçue. Des cuvées comme le Krug 1928 ou les Dom Pérignon des années 1960-1970 restent parfaitement dégustables, et les magnums vieillissent systématiquement mieux que les bouteilles : un Salon 64 s'est négocié 5 000 € à Epernay.
- Combien de temps peut-on conserver un champagne millésimé ?
- Le champagne millésimé peut se conserver plusieurs décennies. L'expert Pascal Kuzniewski cite le Krug 1928 comme l'un des grands vins de dégustation toutes régions confondues, et les Dom Pérignon des années 1960-1970 restent parfaitement buvables aujourd'hui.
- Le magnum de champagne se conserve-t-il mieux qu'une bouteille standard ?
- Oui. Lors de dégustations comparatives organisées par Le Salon sur cinq millésimes (1997, 1996, 1990, 1988 et 1976), le magnum a systématiquement remporté la comparaison, préservant le champagne sous une forme plus effervescente et jeune.
- Les grands champagnes de prestige comme Bollinger ou Dom Ruinart se conservent-ils vraiment longtemps ?
- Dom Ruinart a présenté 18 cuvées produites depuis 1959, révélant des vins souvent d'une jeunesse remarquable. Bollinger a retracé 22 millésimes de 1950 à 2000 : les plus anciens, comme le RD 1952 ou le RD 1966, atteignent selon les dégustateurs une autre dimension aromatique.
Vieux champagnes aux bulles intactes, dégustations de Bollinger RD 1952 ou Krug 1928 : le champagne millésimé cache une longévité insoupçonnée.

Contrairement à ce que l'on pense souvent, le champagne se bonifie avec le temps et a tendance à paraître effrontément jeune avec l'âge !
Le champagne semble victime d'un énorme malentendu ! Contrairement aux grands vins de Bourgogne, de Bordeaux ou d'ailleurs, tous les connaisseurs se précipitent à la cave après réception de leurs achats, les bouteilles de champagne sont ouvertes et bues dans les jours ou semaines suivant leur acquisition. "Le champagne ne se bonifie pas avec le temps", nous dit-on souvent pour justifier une consommation aussi précoce, qui peut même flirter avec l'infanticide.
La magie des vieilles bouteilles de Champagne
Pourtant, il y a de nombreux amateurs qui apprécient les bouteilles plus anciennes avec des étiquettes décolorées et usées. "Ces vieux champagnes ont une saveur particulière qui peut dérouter les nouveaux venus, avoue François Audouze, grand collectionneur de vieux vins. Mais ils ont quand même une saveur particulière. Saveur, parfois proche des vins de dessert. Ce sont de très bons compagnons de table". Lorsque les bulles sont intactes, le vin est presque miraculeux. L'expert en vin Pascal Kuzniewski explique : « Les Diamants Bleus, Grandes Dames et Dom Pérignon des années 60 et 70 sont absolument buvables aujourd'hui. Personnellement, je placerais le Krug 1928 au panthéon des vins, toutes régions confondues, qu'il m'ait été donné de déguster».
Cet engouement est particulièrement prononcé dans les pays scandinaves et au Royaume-Uni, deux régions qui ont depuis longtemps une culture du bon vin. Le client était prêt à débourser une fortune aux enchères pour des bouteilles prestigieuses comme ce magnum Salon 64 vendu 5 000 € à Epernay. Pourtant, il est possible de se faire plaisir à un prix très raisonnable", précise Pascal Kuzniewski. Dans cette vente aux enchères, les amateurs peuvent acheter une bouteille de Laurent Perrier 1934 à 210 euros et une bouteille à 380 euros A Pol Roger 1949, ou encore un Dom Ruinart 85 € rosé.
Les maisons veulent en finir avec le préjugé contre le vieillissement du Champagne, et n'hésitent plus à organiser de grandes verticales pour mesurer la capacité d'évolution des grandes cuvées. Par exemple, une dégustation de vin organisée par Perrier-Jouët nous ramène en 1825.
Une récente expérience immersive organisée par Ruinart, Bollinger ou le Salon est une belle révélation de la magie que peut déclencher le champagne millésimé.
Dom Ruinart fête donc ses 50 ans en présentant 18 des 21 cuvées produites depuis 1959 à quelques heureux dégustateurs. La plupart du temps, ces vins prennent des airs de jeunesse impétueuse, comme le brillant 1961, ou le très gourmand 1969.
Bollinger et son président, Jérôme Philipon, ont fait le même constat après dégustation du vin. L'occasion de revoir 22 des 27 millésimes produits de 1950 à 2000. Ici, même si les vins les plus jeunes nous ravissent par leur délicatesse et leur élégance, les cuvées les plus anciennes nous poussent dans une autre dimension. L'entrée commence par la cuvée RD 1985, le RD 79, un champagne très corsé et vineux, le RD 66, avec une palette aromatique plus complexe et évoluée, et enfin le RD 1952, la première maison RD commercialisée par RD. Cette bouteille est tout simplement parfaite.
Le salon est rendu plus pédagogique en présentant des dégustations parallèles de cinq millésimes (1997, 1996, 1990, 1988 et 1976) en bouteille et en magnum. Le gros contenant gagne à chaque fois. Le vin navigue dans deux royaumes parallèles. La bouteille est ponctuelle, en contact direct avec son millésime et son évolution naturelle, tandis que le magnum semble avoir figé le vin dans le temps, présentant systématiquement le champagne sous forme effervescente. Car c'est aussi la magie du vieux champagne qui peut redonner une seconde jeunesse à ces vieilles dames.



